Travailleurs indiens en Arabie Saoudite

Pour 2 millions d’Indiens, l’Arabie Saoudite ne sera plus l’Eldorado

Publié le 4 avril 2013 par dans Actualité

L’Arabie Saoudite, jusqu’ici grande pourvoyeuse de fonds pour travailleurs immigrés peu qualifiés, ne sera bientôt plus la poule aux œufs d’or. Près de deux millions d’Indiens pourraient en faire les frais. Frappés par la politique dite du « Nitaqat », certains ont déjà été contraints de rentrer dans leur pays, où ils se retrouvent sans emploi. Adoptée il y a deux ans, la « Nitaqat Law » oblige les entreprises du Royaume à recruter entre 5 et 30% de leurs employés parmi les Saoudiens. Riyad espère ainsi faire baisser le taux de chômage élevé (à 12,2%, il touche surtout les jeunes) et éviter un mécontentement social potentiellement dangereux pour le régime. Effrayé à l’idée d’un « printemps arabe » en Arabie Saoudite, le roi Abdullah, âgé de 89 ans, avait promulgué dès 2011 cette loi restreignant l’immigration de travailleurs étrangers, pour la plupart clandestins. Il vient de décider de l’appliquer de manière drastique.

 

En Inde, le premier état à s’être ému de cette nouvelle donne est le Kerala (sud-ouest). Et pour cause. Sur les quelque 2 millions d’Indiens employés en Arabie Saoudite, 576.000 viennent de cette région verdoyante où, mis à part le tourisme, les industries sont rares. Sur la côte Est, l’Andra Pradesh fournit aussi son lot de « cols bleus » au Royaume wahhabite. Ils sont éboueurs, maçons etc. Les mieux lotis font chauffeurs de taxi. A quelque 3,5 milliards de dollars par an, la quantité d’argent qu’ils envoient en Inde est impressionnante. Il s’agit du plus important transfert de devises en provenance d’un pays unique. Il suffit de sillonner le Kerala pour s’en rendre compte. Les villas cossues aux couleurs criardes poussent comme des champignons au milieu des cocoteraies, où elles jurent parfois avec l’habitat traditionnel. Au cours des dernières années, les mosquées flambant neuves ont, elles aussi, fleuri dans le petit état du sud.

 

On comprend la préoccupation des autorités indiennes. Selon certaines sources, Delhi pourrait demander à Riyad d’étaler son programme de « saoudisation » du marché du travail. « D’après ce que l’on sait, 340.000 firmes en Arabie Saoudite n’ont pas un seul employé saoudien. Si, avec la loi du Nitaqat, 2 à 3 Saoudiens sont embauchés dans chacune d’entre elles, cela entraînera le déplacement de 500.000 à 1 million d’expatriés, à moins que d’autres postes de travail ne soient créés parallèlement », relève A. Didar Singh, Secrétaire général de la Fédération Indienne des Chambres de Commerce et d’Industrie (FICCI).

 

Les Indiens travaillent 15 heures par jour

Au Kerala, le gouvernement régional a annoncé des mesures de réhabilitation pour les ouvriers forcés de quitter l’Arabie Saoudite du jour au lendemain.  S’efforçant de  ne pas céder à la panique, C.P. John, l’un des responsables du State Planning Board du Kerala, indique cependant que jusqu’ici, seulement un petit nombre de travailleurs ont été contraints de rentrer chez eux. « Nous ne savons pas combien seront touchés au total. Certains devront revenir ici, d’autres seront chassés de leur travail mais nous espérons qu’ils pourront en trouver un autre dans le Royaume », dit-il. « Les Saoudiens ne sont pas habitués à travailler comme les Indiens. C’est très cher d’employer un Saoudien. Mais les chefs d’entreprises seront contraints d’embaucher un Saoudien qui travaillera huit heures par jour et sera payé 10% de plus que les Indiens. Les entreprises pourraient bien être obligées de garder des Indiens meilleur marché et plus efficaces, qui travaillent 15 heures par jour », raisonne-t-il.

 

« Le gouvernement de Riyad met en œuvre les réformes du marché du travail alors que son économie est forte, elle sera donc tout à fait capable d’absorber le choc et la croissance ne devrait pas en être affectée », juge pour sa part Paul Gamble, analyste à Fitch Ratings à Londres. Il estime qu’à terme, la « saoudisation » du marché du travail sera bénéfique à l’économie du Royaume. Avec un PIB de 657 milliards de dollars, l’Arabie Saoudite a l’économie la plus robuste du Golfe. En 2012, sa croissance s’est envolée à 6,8% grâce à la construction de pôles industriels dans le désert, d’aéroports et d’universités. Elle devrait ralentir à 4,2% en 2013, mais resterait bien en tête dans la région, juste après le Qatar.


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