Les musulmans s’en prennent à un film sur le terrorisme en Inde

Les musulmans s’en prennent à un film sur le terrorisme en Inde

Publié le 2 février 2013 par dans Culture

 Un beau gâchis. La sortie au Tamil Nadu de « Vishwaroopam », la méga-production réalisée par l’acteur tamoul Kamal Haasan, n’était pas encore totalement acquise samedi 2 février. La faute à plusieurs organisations musulmanes qui jugent que le film montre l’islam sous un jour peu flatteur. Mais aussi à un jeu politique peu clair de la part du gouvernement régional. Haasan soupçonne J Jayalalithaa, la « Chief Minister », d’avoir interdit le film afin de se concilier les bonnes grâces des quelque 11% de musulmans qui peuplent l’état. Écœuré,  dénonçant un véritable « terrorisme culturel », le réalisateur, lui-même un musulman,  a déclaré qu’il était prêt à quitter le Tamil Nadu, voire l’Inde. « J’explorerai tous les états, du Cachemire au Kerala, sauf le Tamil Nadu. Si je n’en trouve pas un véritablement séculier, j’irai dans un autre pays », a-t-il dit. En attendant, dans un geste de conciliation, Kamal Haasana pourrait accepter de retirer plusieurs scènes de son film, notamment celles où l’on voit les musulmans en train de prier.

 

« Vishwaroopam » est un film d’action et d’espionnage, s’inspirant des tragiques attentats du 11 septembre 2001 à New York. Un de ces longs métrages en 3D où les effets spéciaux l’emportent sur les longues scènes dansées et chantées, ce qui est plutôt rare dans le cinéma indien. Justement, ont fait valoir plusieurs organisations musulmanes de Chennai (Madras), de Madurai et d’ailleurs, il n’y a rien de romantique, rien de romancé dans ce film qui ressemble du coup à un documentaire, se plaignent-ils. Bref, le terrorisme en direct, orchestré par des groupuscules islamistes, plus vrai que nature. Insupportable à leurs yeux. Et d’en tirer la conclusion hâtive que le réalisateur avait voulu diaboliser l’islam et que « Vishwaroopam » faisait de tous les musulmans des terroristes.

 

Forts de cette conviction, ils ont demandé purement et simplement l’interdiction du film et l’ont obtenue… pour 15 jours.Les autorités jouent les prolongations. Et cela a fait tache d’huile. Redoutant des manifestations, voire des éruptions de violence, Bangalore (Karnataka), puis Hyderabad (AndraPradesh) ont à leur tour retardé la sortie de « Vishwaroopam ». Enfin, la Malaisie et le Sri Lanka ont, eux aussi, repoussé la diffusion du film par mesure de précaution.

 

La super-production de Kamal Haasan a déjà été diffusée aux Etats-Unis, où elle a remporté un franc succès, au Canada et dans plusieurs pays d’Europe. Si c’est le sud de l’Inde qui s’est enflammé c’est d’abord parce que Kamal Haasan est un enfant du pays. Véritable star du Kollywood, le cinéma de Chennai, Haasan a tourné son film simultanément en tamoul, telugu (la langue de l’Andra Pradesh) et en hindi. Acteur de renom, il tient le rôle principal dans « Veshwaroopam ». Le tournage n’a pas été facile. Kamal Haasan s’est d’abord vu refuser l’autorisation des Etats-Unis, où il avait prévu de tourner une grande partie du film. Il est donc allé au Canada. Nombre de scènes se déroulant en Afghanistan ont été filmées à Chennai même, dans des décors montés de toutes pièces et où des étrangers déguisés en soldats américains ont joué les figurants. D’autres scènes ont été filmées en Jordanie, puis finalement aux Etats-Unis.

 

 » Tout musulman neutre et patriote sera certainement fier en voyant mon film. C’est à cette fin que je l’ai réalisé », déclarait Kamal Haasan il y a quelques jours encore.  »Vishwaroopam » met en scène un djihadiste afghan du nom d’Omar, étroitement lié à al-Qaïda. Avec Salim, un autre militant, ils projettent d’attaquer New-York en y larguant une bombe au césium. Ils sont à la tête d’une multinationale terroriste. A l’autre bout de la chaîne, Vishwanath dit Wiz est professeur de kathak (danse indienne) dans le New Jersey. En fait, loin d’être un danseur hindou, Wiz est un musulman appartenant aux services du renseignement indien la RAW.

 

 


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